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Le Mauritius en-rade-en-dehors, réminiscence de Rodrigues il y a 40 ans. Les pirogues allaient à la rencontre du navire pour transborder les passagers et la marchandise. Il jettait l'ancre hors lagons à 6 kms de la jetée... Ce n'est qu'en 1980 que Port-Mathurin fut doté d'un quai pouvant accueillir des gros navires. Survol historique de Rodrigues Une compilation extraite du MAURICIEN de juin 2009Entre le Xe et les XIe siècles, les îles des Mascareignes étaient régulièrement visitées par les Arabes. Pour preuve, une carte, réalisée au XIIe siècle par le géographe arabe Al Sharif El-Edrissi, représente clairement les trois îles des Mascareignes portant les noms de Dina Arobi (Ile Maurice), Dina Margabin (Réunion) et Dina Moraze (Rodrigues). 1528 : L'Ile Rodrigues est découverte et nommée par le portuguais Don Diégo Rodriguez. L'île est difficile d'accès. La barrière de récifs et les eaux peu profondes rendent difficiles la manœuvre des bateaux. A partir de 1601, les Hollandais s'y arrêtent à pour se ravitailler en nourriture sans s'y établir. Au 17ème siècle, des escales de vaisseaux hollandais, portugais et anglais se font dans l'île à la recherche de produits d'alimentation. L'île regorgeait de tortues qui avaient déjà disparu des autres îles des Mascareignes. 1691-1693 : l'Ile Rodrigues est habitée par un groupe de Huguenots En 1691 François Leguat, (âgé de 52 ans) un gentilhomme de la Bourgogne et ses 6 compagnons (âgés entre 18 et 30 ans), débarquent de la frégate Hirondelle, à Grande Ile, près de Port-Mathurin. Ce sont des Huguenots, des disciples de Calvin qui fuient la persécution et cherchent une terre d'asile. Ils sont à la recherche d'une terre où ils pourront établir une colonie de fermiers protestants, libres de pratiquer leur religion. Leur voyage d'Amsterdam à Rodrigues avait duré 239 jours. Ils débarquent en décembre 1691. L'endroit où ils s'établissent, auparavant nommé l'enfoncement de François Leguat est maintenant connu comme Fond la Digue. Deux ans plus tard, accablés par la solitude, Leguat et ses compagnons quittent Rodrigues à la rame le 21 mai 1693 et arrivent à l'Isle de France, à Rivière-Noire, le 29 mai 1693. Le récit de voyage de Leguat et de ses aventures " Voyages et aventures de François Leguat et de ses compagnons en deux îles désertes des Indes Orientales , publié en 1705, à Amsterdam a provoqué un grand intérêt pour l'ambre gris et les tortues de Rodrigues dont il avait fait mention. Rodrigues pendant la période française Exploitation outrancière des tortues pour ravitailler les navires de passage 1725 : Le Conseil supérieur de l'Isle Bourbon propose sous le règne de Louis XV de prendre possession de l'île Rodrigues et de l'appeler l'Isle Marianne. C'est un séjour forcé de neuf mois pour Julien Tafforet qui avait eu pour mission d'emporter 400 tortues requis pour les bateaux français. 1735 : Commencement de l'occupation permanente de Rodrigues, suite aux ordres de Mahé de La Bourdonnais, gouverneur de l'Isle de France (Maurice) et de l'île Bourbon (Réunion). Un détachement s'y installe ayant pour mission, le ramassage des tortues et leur chargement sur les bateaux de la Compagnie des Indes afin de ravitailler en viande fraîche ces deux îles et les navires de passage. Ce pillage qui se poursuit durant 60 ans a entraîné l'extinction des tortues à la fin du XVIIIe siècle. Sieur Oriol est le premier administrateur de Rodrigues, envoyé par Mahé de La Bourdonnais pour gérer l'exportation des tortues. 1761 : L'astronome et mathématicien l'abbé Alexandre Gui Pingré est en visite dans l'île à l'occasion du transit de Vénus, il a laissé une description de l'île et de ses quelques habitants. 1761 : 9 navires vaisseaux de guerre et quatre frégates britanniques ayant réuni les forces navales venues de l'Inde et de l'Europe sont à l'ancre à Port-Mathurin en vue d'attaquer et de prendre l'Isle de France. Ils y passent environ trois mois et font momentanément prisonnier le commandant résident Puvigné. 1762 : Les habitants s'installent de façon permanente dans Rodrigues. 1767 : Rétrocession de l'Isle de France et de Rodrigues de la Compagnie des Indes au Gouvernement Royal. A partir de 1792, quelques nouveaux colons viennent s'installer dans l'île dépeuplée de ses tortues. Parmi eux, Philibert Marragon arrive en 1794 pour développer la culture et l'élevage. C'est à cette époque qu'arrivent les ancêtres de la population actuelle de l'île : des esclaves africains furent envoyés de Maurice à Rodrigues. L'île compte au début du XIXe siècle une centaine d'habitants (22 colons et 82 esclaves). De 1794-1810, Philibert Marragon agit comme administrateur. Il s'établit à l'Orangerie où il a une belle vue sur la mer. De l'excellent poisson salé est exporté vers Maurice. 1798 : Philibert Marragon reçoit des instructions concernant l'octroi des terres : 100 arpents pour couple marié et 50 arpents pour chaque enfant à leur arrivée à Rodrigues. Certains sites dans Rodrigues portent le nom des premiers concessionnaires qui s'y sont installés. 1802-1805 : Etienne Rochetaing, originaire de Bourbon s'établit dans les hauts de Rodrigues. Mon-Plaisir porte le nom donné par Etienne Rochetaing à une concession de plus de 300 arpents entre Malartic, Saint-Gabriel et Mont-Lubin. On trouve de nombreuses plantes de café dans cette région. Les Soupirs est le nom que Germain Le Gros a donné à sa propriété de 100 arpents quand il arriva à Rodrigues en 1792. D. Raffin est venu reconnaître les lieux en 1798 et s'installe dans l'anse à qui il a donné son nom. Il a quitté Rodrigues pour toujours en 1804. Malartic, le village qui s'est constitué près de Mont Limon porte le nom de Malartic, gouverneur général français de l'Isle de France de 1792 à 1800. 1809 : Amiral Bertie, commandant en chef de l'escadre anglaise, prend possession de Rodrigues au nom de Georges 111. C'est de Rodrigues que les troupes britanniques vont réussir à capturer l'Ile Bourbon et par la suite l'Isle de France. Rodrigues dépendance de Maurice, devenue colonie britannique 1814 : Traité de Paris : Rodrigues, Seychelles Tromelin, l'Archipel des Chagos et l'Archipel des Cargados Carajos, dépendances de l'Isle de France, passent sous contrôle britannique. 1815 : Rodrigues, a une population de 123 personnes : 20 européens, 3 libres et 100 esclaves. L'administration coloniale britannique se désintéresse de développer l'île. 1825 : Plan terrier et topographique de Rodrigues par C.T Hoart qui passe six mois à Rodrigues. 1826-1843 : Rodrigues reste 17 ans sans administrateur local. 1839 : La libération des esclaves est décrétée 4 ans après qu'ils l'aient été à l'île Maurice. Les descendants des esclaves se déplacent vers l'intérieur de l'île et s'adonnent à l'agriculture et à l'élevage. Ce sont des petits fermiers qui gagnent difficilement leur vie. Ils plantent le maïs qui leur sert de nourriture de base et font l'élevage de volailles, de porcs et de moutons. 1843 : Présence de Sir John Marshall pour enquêter sur la société rodriguaise. La première force policière s'établit à Rodrigues 1845 : Rodrigues a 323 habitants dont 240 anciens esclaves et 83 descendants de libres (non-esclaves). 1850-1851 : Séjour du prêtre premier prêtre catholique, François Thévaux, âgé de 30 ans, dans l'île. C'est le Père Jacques Désiré Laval qui l'a envoyé en mission. Il trouve dans l'île quelque 500 personnes dont 300 d'origine malgache ou mozambicaine. Il y reste 6 mois et fait construire une modeste chapelle à Port-Mathurin et une à St-Gabriel. 1856 : A Port Mathurin, la " capitale ", il y a 36 habitations où vivaient 280 des 648 habitants de l'île. Un premier hôpital de 6 lits est ouvert. 1857 : Première visite d'un évêque, Mgr Collier, à Rodrigues. 1861 : Ouverture du premier bureau de poste. 1866 : Ouverture de la première école à Port Mathurin : 27 élèves Vers 1875, la population est estimée à 1,500. A Port Mathurin, vivent quelque 400 personnes 1874 : Transit de Vénus. 3 postes d'observation : Port Mathurin, Pointe-Coton et Ilôt-Hermitage. 1890 : Les premiers musulmans arrivent à Rodrigues, une petite mosquée se construit en 1907 1897 : La population est de 2 772 personnes 20ème siècle : Rodrigues sort de son isolement 1901 Le service télégraphique fonctionne à Pointe Vénus. 1905 : Port Mathurin (le Bourg) devient un village. 1907 Une chapelle et une école primaire sont ouvertes à la Ferme par le Père Pivault, spiritain. 1914 : Visite du directeur de l'Agriculture et du Conservateur des Ports, ils sont les premiers scientifiques à visiter Rodrigues depuis 1874. 1922 : Construction de l'Eglise Saint-Esprit à La Ferme. 1925 : Implantation de l'Eglise Adventiste. 1926 : Instruction post-primaire introduite à Rodrigues par les Anglicans. 1937-1947 : Le cargo Zambezia fait la navette entre Maurice et Rodrigues 1940 : Des troupes sont mises en garnison pour protéger la station du Câble contre une éventuelle attaque japonaise 1941 : Départ du premier contingent de Rodriguais vers Maurice pour leur formation comme pionniers et soldats. Ils sont présents en 1942 à la bataille d'El Alamen 1942 : Premier véhicule à moteur à Rodrigues. Premier vélo au service de la poste 1946 : Rodrigues est ravagée par le plus violent cyclone qu'elle ait connu. 1948 : Début des installations électriques pour la Résidence (maison de l'administrateur), l'hôpital et certains magasins. 1953 Installation d'une station de la Mauritius Broadcasting Corporation. 1954 Inauguration du monument de Marie Reine de Rodrigues le 1er mai. 1954 Arrivée de la première jeep. 1955 Arrivée du navire MV Mauritius pour le commerce inter-îles. Le nombre de fonctionnaires mauriciens et d'experts visiteurs de Rodrigues s'accroit. 1960 : La ferme école de Maréchal est ouverte. 1962 : Le collège mixte Saint Louis est fondé à Port Mathurin. 1964 : Transfert des prisonniers à la nouvelle prison de Pointe-Lagueule à Baie-aux-Huitres 1967 : Les Rodriguais votent pour la 1ère fois aux élections du 7 août, élections ayant force de référendum en faveur de l'indépendance de Maurice: Guy Ollivry et Clément Roussety, jeune Rodriguais, obtiennent 96% des voix. 1967 : Installation de la radio téléphone qui permet de correspondre avec Maurice. 1969 : Le drapeau national n'a été hissé à Rodrigues que le 12 mars de cette année, soit une année après Maurice, les Rodriguais ayant mis objection à la cérémonie officielle en 1968. 1969 : Ouverture de la 1ère banque, une branche de Barclays alors que la MCB arrive en 1990. 1971 : Le Plan quadriennal de Maurice pour le Développement Social et Économique (1971-1975) prévoit des dépenses capitales de Rs. 32,5 millions pour Rodrigues qui cesse enfin d'être ignorée par les décideurs économiques de Maurice. 1971 : Electrification de l'île grâce à une aide financière de la France. 1971 : Publication du livre d'Alfred North-Coombes : " The Island of Rodrigues ", un classique bien documenté qui met Rodrigues sur la carte du monde. 1972 : L'aéroport de Plaine-Corail accueille son premier avion commercial le 13 septembre 1972 sur une piste couverte de pelouse. 1972 : Le CEB opérationnel à Rodrigues avec deux générateurs propulsés à l'huile lourde. Seulement Port-Mathurin, Pointe Monnier et Crève-Cœur sont éclairés à l'électricité. A la fin de 1981, il n'y avait seulement que 1 205 abonnés dans tout le pays. 1976 : En novembre : enregistrement auprès de la Commission Électorale du parti politique de l'OPR - Organisation du Peuple Rodriguais - par Serge Clair qui sera pendant 20 ans député de Rodrigues. 1976 : En décembre, sous la pression de Gaëtan Duval, création du ministère de Rodrigues alloué à un élu du PMSD. HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/1977" \o "1977" 1977 : En janvier, Nicol François devient le premier occupant du portefeuille de Rodrigues. 1978 : La Fête du Travail est célébrée pour la première fois à Rodrigues. 1980 : Port Mathurin est doté d'un quai en eau profonde (12m. de long par 6 m. de profondeur), ce qui permet d'accueillir de plus gros navires. Auparavant les navires avaient à mouiller à quatre milles de la jetée. 1982 : Serge Clair ministre de Rodrigues dans le gouvernement MMM/PSM 1985 : Publication du roman Le Chercheur d'Or de Jean Marie Le Clézio 1986 Dr Alfred North-Coombes publie le livre " Histoire des tortues de terre de Rodrigues " 1987 : Débuts de la télévision avec le relais de Pointe-Vénus, captée seulement à Port Mathurin. 1988 : Inauguration de la Maison du Miel à Citronnelle, projet d'apiculture financé par le Fonds Européen de Développement. Le miel rodriguais obtient en 1994 le deuxième prix au National Honey Show à Londres. 1989 : Le pape Jean Paul II à Rodrigues en octobre A midi, c'est de Rodrigues en fête que le pape accorde au monde sa bénédiction papale. 12 mars 1992 : le gouvernement mauricien met sur place un Conseil Exécutif à Rodrigues. Ce conseil est doté de 21 membres nommés par le Ministre de Rodrigues. La présidence est confiée à Mlle Antoinette Prudence qui s'est distingué dans les domaines social, culturel et politique. Ce conseil agit sur la base d'un statut consultatif concernant certains projets à être mis en place à Rodrigues. Cependant, arrivé au pouvoir en 1995, Navin Ramgoolam ne renouvelle plus le contrat du conseil et refuse de confier le portefeuille de Rodrigues à un élu de l'île. 1992 : Ouverture de l'hôtel Cotton Bay qui a contribué à la promotion sociale de ses employés qui ont su s'adapter au travail dans le domaine de l'hôtellerie. 1999 : Premier Festival Kreol organisé, la culture rodriguaise s'affirme et s'enrichit de nouvelles productions. Décembre 2000, après l'installation du gouvernement MSM/MMM de Sir Aneerood Jugnauth, Premier ministre, et Paul Raymond Bérenger, Vice-premier ministre, lors d'une visite à Rodrigues en février 2001, annoncent qu'une autonomie maximale allait être accordée à Rodrigues. 20 novembre 2001, l'Assemblée Nationale vote à l'unanimité le Rodrigues Regional Assembly Act, accordant ainsi une autonomie administrative à Rodrigues Rodrigues accède au statut de l'autonomie civile dans la gestion de ses affaires internes. Le 12 octobre 2002, la première Assemblée Régionale de Rodrigues est mise sur pied et Jean Daniel Spéville assume le poste de Chef commissaire. 2002 : l'Église de Rodrigues, détachée du diocèse de Port-Louis, est élevée au statut de vicariat apostolique. 2002 : La piste d'atterrissage, revêtue en 1976, est rallongée à 1 250 mètres. Premier vol Port Mathurin - Réunion. L'avion dispose de 66 sièges. 2002 : l'exploitation du corail n'est plus autorisée. Trois tableaux intéressants compilés des recensements de 1846 à 2000 permettent de mieux suivre l'histoire démographique de Rodrigues Le premier tableau révèle l'évolution de la population au fil des décennies. Le tableau du Recensement de 1952 est intéressant car il démontre deux spécificités de la population rodriguaise de cette période : Le nombre supérieur de femmes par rapport au nombre d'hommes - elles le sont par plus de 1 000. La population chinoise est deux fois plus forte que la population indo-mauricienne en cette période. Le troisième tableau permet de comparer la population de Rodrigues et celle des autres Dépendances entre 1901 et 1962, ce qui montre que la population rodriguaise augmente de façon continue à Rodrigues alors qu'elle décroit dans les autres Dépendances. BIBLIOGRAPHIEAlfred North-Coombes The island of Rodrigues first published 1971 reprinted 2002 ISBN 99903-79-02-5 Alfred North-Coombes Histoire des tortues de terre de Rodrigues 1986 Berthelot Lilian La Petite Mascareigne Centre Culturel Africain 2002 ISBN 99903-904-4-4 Berthelot Lilian Le Sel et la Lumière 2005 Alfran ISBN 99903-992-3-9 Rodrigues Almanach 1982 Monique Dinan Mauritius in the making across the censuses 1846-2000 Randonnées à travers nos districts Rodrigues, sa population, son autonomie… Les 123 Rodriguais de 1826 ont été les pionniers fondateurs qui ont vu, au cours de 19ème siècle, se multiplier de très modestes fermes qui se sont implantées à travers l'île. Leurs maisonnettes s'incrustaient sur la crête des vallonnements et leurs terres arables s'étageaient plus bas vers les ravins. Les années 1950 à 1970 ont été témoins d'une démographie galopante, la population doublant en moins de 50 ans. Rodrigues de l'an 2000 regroupe 35 779 habitants répartis dans quelque 8 000 familles. Economie Il est certain que de par sa topographie, sa culture, son folklore, Rodrigues a une spécificité qui lui est propre, ce qui la rend tellement attachante. Le chapeau de paille est en quelque sorte un symbole du pays. La majorité des villageois de la côte vivent de la pêche. Ceux de l'intérieur - fermiers et agriculteurs - devaient avoir les jambes solides pour gravir les flancs des collines avant que les routes ne soient tracées et asphaltées. Après une exploitation désordonnée des terres et un déboisement qui a accéléré la sècheresse, le terrassement des pentes cultivées a nécessité un minutieux mais important travail pour réduire les risques d'érosion et pour contrôler le captage des eaux. Les Rodriguais sont fiers de leurs origines. Leur île leur colle à la peau du cœur quand ils sont loin d'elle. Ils ont développé toute une gamme de musique - polkas, scottish et mazurkas - qui donnent à leurs ségas une touche bien spécifique. Leur artisanat, très diversifié, s'est trouvé de nouveaux créneaux avec le développement touristique qu'a connu l'île. Dans les années 1990, le Rodrigues Council of Social Services a institué quelque 80 comités de village pour inciter les Rodriguais à prendre conscience de la nécessité de leur participation active à leur propre développement et de ne pas tout attendre du gouvernement. Certains des projets consistent en le reboisement le long des ruisseaux et sur les flancs des collines, la création de jardins d'enfants et terrains de jeux. Des projets d'adduction d'eau s'avèrent toujours aussi nécessaires dans l'île. Les femmes ont une part active dans l'économie de l'île. Elles s'impliquent profondément dans la construction d'une île qui progresse grâce à la force de leur travail et de leur ténacité. Elles restent des agents importants de la promotion sociale rodriguaise. Antoinette Prudence, présidente du Rodrigues Local Council (RLC) a joué un rôle de premier plan pour motiver le civisme des Rodriguais, elle a été une grande promotrice pour l'autonomie de son île. Zita Jan-Louisa été la première femme député. Dans ce domaine la Rodriguaise montre l'exemple à suivre aux Mauriciennes qui ne sont pas assez présentes dans le monde politique. Les activités économiques de Rodrigues sont la pêche dans le lagon, où le poisson se raréfie, un peu d'agriculture, particulièrement l'oignon, l'ail et le piment, un peu d'élevage et un peu d'écotourisme, auquel se raccroche l'artisanat local. Voilà pourquoi s'est développé le concept de " Rodriguais éleveur et pêcheur ". Les habitants ont souvent plusieurs activités qui ne suffisent pas à combler le déficit chronique de l'île. Ils peuvent être à la fois pêcheurs, agriculteurs et éleveurs quand ils ne travaillent pas encore dans l'administration. Les plantations de maïs n'ont plus l'ampleur d'autrefois car le riz a presque complètement pris sa place comme nourriture de base. Les revenus des exportations de bétail, des produits de la pêche et des cultures vivrières sont largement déficitaires en rapport aux coûts des produits d'importations. Un fort accent est actuellement mis sur la préservation car la pêche sauvage aux techniques dévastatrices a dépeuplé le lagon. Les piqueuses d'ourites restent un symbole de la pêche traditionnelle qui a permis à de nombreuses familles de la côte de survivre économiquement et même de progresser socialement. Il y a un millier de pêcheurs hors lagons. Il y a bien eu des tentatives d'implantations d'unités manufacturières (textiles) mais qui sont restées vaines, surtout en raison des problèmes d'approvisionnement en eau. Rodrigues n'a pas grand chose à exporter en dehors de ses produits agricoles, de son posson et de sa vannerie. Ses habitants dépendent de Maurice pour leurs produits de consommation courante et les produits alimentaires à eux seuls représentent la moitié des importations. De nombreux Rodriguais sont des fonctionnaires de la République de Maurice à laquelle ils appartiennent de plein droit mais ils n'ont pas encore développé un secteur privé solide. Energie L'électricité est produite à partir de l'huile lourde importée au prix fort. Le CEB s'est aventuré à mettre en place trois aérogénérateurs mais ils ne fournissent que 1% de l'électricité consommée à Rodrigues. Le CEB projette d'ajouter deux autres éoliennes pour arriver à produire 7 % de la consommation de l'île. Tourisme Le tourisme est devenu le principal moteur économique de l'île. Son folklore et la personnalité digne et accueillante des Rodriguais ont suscité des activités caractéristiques de l'ile. Le Festival de la Musique des Iles de l'Océan Indien qui se tient à Rodrigues remonte à 1978. Les arrivées touristiques ont depuis connu une progression et le pays a enregistré une croissance de 19,1% en 2007. Des campagnes agressives de promotion touristique et des séries de manifestations comme le Festival Créole et le Festival Accordéon ont pour but d'accroître le nombre des touristes. En 2008, un nouveau nom est alloué à l'aéroport qui porte dorénavant le nom de Sir Gaëtan Duval. La construction d'une nouvelle piste 2 000 mètres prévue pour 2009 devrait permettre l'atterrissage de plus gros avions et l'arrivée de plus de touristes. Une dizaine de projets hôteliers ont pour but de doubler la capacité des chambres. Il ne faut toutefois pas vouloir une implantation excessive d'infrastructures touristiques afin de préserver le calme, le charme et l'authenticité de l'île. La formation des skippers venus spécialement à Maurice à cet effet veut assurer la sécurité de ceux qui sont responsables du tourisme en mer. La grande interrogation est toutefois de savoir comment la crise financière mondiale va influencer le tourisme rodriguais. Les principaux sites touristiques sont Trou-d'Argent, Caverne-Patates et l'Ile-aux-Cocos. Les Rodriguais ont pris conscience de la valeur de leur artisanat - vannerie, broderie, condiments, miel - qu'ils essaient de développer intelligemment. La précarité des conditions de vie a encouragé de nombreux Rodriguais à s'installer à l'île Maurice. Quelque 4000 personnes ont, durant les 40 dernières années, quitté définitivement l'île, alors que de nombreux autres font le va-et-vient vers Maurice. Politique L'île a été une circonscription de la République de Maurice. Toutefois, l'Assemblée Nationale mauricienne a adopté à l'unanimité le 20 novembre 2001 deux lois donnant une autonomie à l'île Rodrigues et créant un système de gouvernement décentralisé. Cette nouvelle législation a donc permis la mise en place à Rodrigues d'une Assemblée régionale de 18 membres et d'un conseil exécutif dirigé par un Chef Commissaire qui a pour mission d'informer le Premier Ministre mauricien de la conduite des affaires dans l'île. Toutefois, les Rodriguais se plaignent de ne pas disposer d'assises financières solides pour financer leur fonctionnement. La répartition de la population dans Rodrigues Il y a eu dans la seconde moitié du XXème siècle une croissance rapide de la population et les sites d'habitations se sont multipliés. Ce qui est exceptionnel est le nombre d'agglomérations dûment nommés qu'on trouve à Rodrigues. On pouvait recenser quelque 150 sites aux noms les plus divers, dont de nombreux faisant référence au relief. Les deux recensements de 1972 et de 1983 donnent toute la liste des agglomérations. Cela permet de répertorier celles qui avaient plus de 500 personnes. En 1972, il y avait 8 " villages " regroupant plus de 500 personnes, alors qu'en 1983 il y en avait 16. Les deux agglomérations avec le plus fort taux de population, Petit-Gabriel et Baie-aux-Huitres qui étaient les seuls à dépasser les 1 000 habitants en 1972, ont vu régresser leur population en 1983. A Baie-Malgache, le recul de la population était encore plus accentué passant de 633 personnes en 1972 à 151 habitants en 1983, alors que Grand-la Fouche Mangues pouvait se vanter d'avoir vu sa population passer de 153 personnes en 1972 à 578 résidents en 1983. Les recensements de 1990 et de 2000 ont été effectués selon de nouveaux critères. Il n'y a plus la longue énumération de " villages ". Toute l'île est subdivisée en 14 zones communautaires, certaines agglomérations ont été regroupées, ce qui ne permet plus de comparaisons avec les décennies précédentes. Avec ce regroupement, la zone de Port Mathurin occupe la première place, suivie de la zone de Lataniers-Mont Lubin et en troisième position celle de Petit -Gabriel. Voici comment la population est répartie dans les différentes zones. 1 agglomération avec plus de 5 000 personnes Port-Mathurin, qui regroupe 5 929 personnes. Port Mathurin : avec le double rôle de centre administratif et de port est une mini-capitale, située entre la Pointe Monnier à l'ouest et Baie Lascar à l'est. Port Mathurin s'est développé sur une langue de sable à quelque 200 pieds de la plage auprès des berges de la Grande Rivière. Cela a été le lieu des premières habitations dans l'île qu'il s'agisse de François Leguat ou des marins qui venaient exploiter les tortues. En 1825, il n'y avait à Port Mathurin, comme le souligne Alfred North-Coombes, que 5 cahutes de pailles. Après vingt-un ans, en 1845, il y en avait 12. En 1857, il y avait 36 maisonnettes construites de feuilles de palmiers pour héberger les 280 personnes qui y résidaient. Les Rodriguais allaient vivre surtout sur leurs plantations et dans différents endroits de la côte. Port Mathurin s'est graduellement développé devenant le poumon du pays, car tout ce qui entre et sort de Rodrigues passe par cet unique port. Une jetée plus facilement accessible a été construite en 1962 et a été, par la suite, améliorée. Port Mathurin accueille le siège de l'Assemblée régionale ainsi que l'unique cour de justice, la station-service et la pharmacie de Rodrigues. Les habitations se concentrent autour de ce noyau, dans les lieux dénommés Fond la Digue, Baie Lascar, Montagne Fanal, Camp du Roi, et Pointe Monier. Le collège de Rodrigues s'y trouve, unique institution scolaire œcuménique de la région Océan Indien. Les cinq autres établissements scolaires rodriguais du secondaire sont disséminés dans d'autres localités et gérés par une compagnie parapublique, le Rodrigues Educational Development Company, ou REDCO. 2 agglomérations avec plus de 3 000 personnes : Lataniers-Mont Lubin, Petit -Gabriel 6 agglomérations avec plus de 2 000 personnes sont par ordre de grandeur : Rivière-Cocos, Mangues, Quatre-Vents Plaine Corail - La Fouche Corail, Port-Sud-Est, un village de pêcheurs construit autour de la seconde rade naturelle. Baie-aux-Huitres, Roche Bon Dieu -Trèfles. 4 agglomérations avec plus de 1 000 personnes sont par ordre de grandeur : Coromandel-Graviers, Piments-Baie-Topaze, La Ferme, Baie-Malgache 1 agglomération avec moins de 1 000 personnes : Grand-Baie-Montagne Goyaves est la zone la moins peuplée avec 844 personnes Les religions dans Rodrigues L'écrasante majorité des quelque 38 000 Rodriguais est créole. " Rodrigues la plus créole et relativement la plus chrétienne des îles Mascareignes " écrit Lilian Berthelot dans son livre " La petite Mascareigne " qui retrace bien le peuplement de l'île et le déroulement de son histoire de façon chronologique. Rodrigues n'a pas connu la pluralité ethnique et religieuse qui caractérise l'Ile Maurice. La majorité de la population est constituées des descendants d'esclaves mozambicains et malgaches, qui se sont installés dans l'intérieur de l'île. Il y a une minorité de métis (surnommés "rouges") descendants des premiers colons européens qui se sont, au départ, établis autour de la côte. On trouve aussi les commerçants chinois et musulmans et quelques fonctionnaires indiens en provenance de Maurice. Il faut souligner la très grande influence de la religion catholique dans la vie quotidienne et culturelle de la population. La religion, le respect des traditions et la famille sont les piliers de la vie rodriguaise. Le recensement de 2000 révèle les statistiques suivantes. 98 % des Rodriguais sont des chrétiens qui sont massivement des catholiques romains. Il y a 2 155 autres chrétiens, dont 242 appartenant à l'Assemblée de Dieu et 166 anglicans. Il avait 301 musulmans et 226 hindous dans l'île. Comparaison et relations avec l'Ile Maurice Rodrigues a été de tout temps connu comme le dixième district de l'Ile Maurice. Voyons donc comment se situe Rodrigues par rapport aux autres districts. Rodrigues est, de par sa superficie terrestre de 104 km, le neuvième district en ordre de grandeur, alors que le district de Port-Louis, de seulement 42.7 km, en est le dernier. Rodrigues est classé comme un district essentiellement rural, comme 8 autres districts de la République. _ Quelque 36 000 personnes vivent dans tout Rodrigues alors que le plus gros village mauricien, Triolet, regroupe quelque 22 000 personnes et que la plus petite ville, Quatre-Bornes, a quelque 72 000 habitants. Rodrigues avec 351 personnes par km avait en l'an 2 000 une plus forte densité de population que les districts de Savane (280 personnes par km), Moka (340 personnes par km) et Rivière-Noire (256 personnes par km). Elle a avec Port-Mathurin, son port et sa " capitale ". Jean-Francois Dupon, qui a eu le grand mérite de compiler tous les documents pouvant servir à l'histoire de Rodrigues, dans une publication qui date de 1969, a résumé cette île dans les termes suivants " Une petite patrie rurale aux traditions originales. " Certains l'ont appelé l'île oubliée, ils faisaient référence à une certaine carence des autorités mauriciennes qui ne se mobilisaient pas suffisamment pour promouvoir le développement rodriguais dans la période pré-indépendance. Elles-Rodrigues, une publication de 1986 du Club Soroptimist Ipsae étudiant la participation féminine dans le devenir de l'île explique cette réserve : " Rodrigues trop mal aimée, trop peu comprise, dont la réticence à l'égard du Mauricien se lit parfois dans le regard distant de l'habitant qu'on croise au hasard de chemins ardus. " Cela ne met toutefois nullement en doute la chaleur de l'accueil que le Rodriguais réserve à celui en qui il a confiance. Benoit Jolicoeur a appelé Rodrigues l'Ile Courage quand il a fait une rétrospective des 40 dernières années dans une édition spéciale publiée dans le journal express le 12 mars 2008. Il précisait de plus : " Il ne suffit pas de changer de statut politique et administratif pour une meilleure intégration de Rodrigues. Il faut cultiver et entretenir une relation de confiance. " L'avenir pour Rodrigues est de développer une culture d'entrepreneuriat chez les jeunes afin qu'ils deviennent capables de prendre en charge une autonomie chèrement acquise, mais qui doit pouvoir se concrétiser dans les faits. Références Alfred North-Coombes The island of Rodrigues first published 1971 reprinted 2002 ISBN 99903-79-02-5 Alfred North-Coombes Histoire des tortues de terre de Rodrigues 1986 Dupon Jean-François Recueils de documents pour servir à l'histoire de Rodrigues Mauritius Archives Publications no 10, 1969 Berthelot Lilian La Petite Mascareigne Centre Culturel Africain 2002 ISBN 99903-904-4-4 Berthelot Lilian Le Sel et la Lumière 2005 Alfran ISBN 99903-992-3-9 Rodrigues Almanach 1982 Elles- Rodrigues Soroptimist International Ipsae 1989
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